31% DE FRACTURES DE FATIGUE

Par le docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport.

Anne a 42 ans. Elle pratique le trail. Elle a récemment terminé sur une épreuve de 50 kilomètres. Elle vient me voir pour une douleur du pied. À l’examen, elle souffre au sommet de son arche plantaire. Cette localisation est assez caractéristique d’un surmenage articulaire chez les patients porteurs d’un pied creux. Néanmoins, c’est aussi l’emplacement d’une fracture de fatigue classique.

Le doc : Vous savez, nous les docs, nous sommes formatés pour rechercher les blessures ennuyeuses. Dans votre cas, il faut faire une IRM afin d’éliminer une fracture de fatigue.

Anne : Une fracture de fatigue. Ah non ! C’est rare.

Le doc : Ne croyez pas ça. Une étude a été menée par MILGROM. Il est médecin militaire… c’est comme un médecin de traileur… En consultant les dossiers antérieurs, il a constaté que 6 % des lésions recensées avaient été étiquetées « fracture de fatigue ». Alors, il a entrepris la démarche inverse. À tous les blessés, il a prescrit une scintigraphie osseuse. Cet examen analyse le fonctionnement de l’ensemble du squelette et localise les fissures. Le constat est sans appel. 31 % des plaintes correspondent à des fractures de fatigue.

Anne : Quid des anciens patients non diagnostiqués ? Ils ont guéri tout seul ?

Le doc : Probablement… mais laborieusement. Il s’agit de vraies souffrances osseuses dont on ne parle pas assez. Elles consolideraient plus vite avec une prise en charge ciblée et un entraînement mieux adapté. Là encore, le repos complet ne constitue pas le traitement idéal. Alors, mieux vaut enclencher la procédure la plus rapide et la plus efficace.